Re: les arabe sont ils des voleurs?
Posted: Sun Jan 01, 2012 2:34 pm
J'ai envie de me faire un putain de chinois. Porc caramélisé...
Le quantologiste
Deux chercheurs, A et B, discutent autours d'une machine à café.
A : Eh bien, tu n'as pas l'air en forme !
B : Possible. Mes nuits ont tendance à devenir de plus en plus courtes, ces derniers temps.
A : Quelque chose ne va pas dans tes recherches ?
B : Plutôt. Le projet qu'on a en cours est pratiquement terminé, il reste juste un problème de synchronisation à régler. Et ce problème a beau paraître dérisoire, ça fait des jours qu'on bloque dessus ! Alors forcément, je dors peu.
A : J'imagine… Ce genre de soucis, on en connaît tous. La solution est là, en face de toi, mais il te faut des heures et des heures pour la dénicher !
B : Qu'est-ce que tu veux, c'est comme ça qu'avancent les choses.
A : Pour l'instant. Mais quand on saura se servir de la quantique, tous ces ennuis ridicules seront oubliés !
B : La quantique, encore ? Tu me rabâche ça depuis que tu as rejoins ce groupe… Comment vous vous appelez, déjà ?
A : Quantologistes.
B : Je n'aurais pas cru que tu puisses rejoindre un jour ce genre de secte !
A : Ce n'est pas une secte, c'est sérieux !
B : En quoi la quantique a t-elle un rapport avec mes recherches ? Je fais dans la bio, moi ! La mécanique ou physique quantique, je m'en cogne !
A : Et pourtant, c'est l'avenir !
B : Comme tu veux… En attendant, ça règle pas mon problème.
A : Ça pourrait tout à fait. Le principe de la quantique, c'est qu'au lieu d'avoir, par exemple, un électron de matière qui se rend à un endroit précis, cet électron se divise en une infinité d'électrons correspondant chacun à une réalité possible. Il suffirait alors de pouvoir sélectionner l'électron qui nous arrange, non ?
B : Euh… Pardon ?
A : Bon, prenons l'exemple de base : le chat de Schrödinger. Tu le connais, non ?
B : Oui, c'est la mascotte des quantologistes non ? Tu en as toute une collection sur ton bureau.
A : Oui, mais c'est surtout une expérience théorique. Il s'agit d'enfermer un chat dans une boîte avec un dispositif qui le tue à partir du moment où il détecte la désintégration d'un atome d'un corps radioactif. Pour ça, une bouteille d'acide cyanhydrique suffira, tu es d'accord ?
B : De l'acide cyanhydrique, ma foi pourquoi pas, si tu veux.
A : Tu la relie à un détecteur de radioactivité avec un moyen de la casser, et ainsi le chat a exactement une chance sur deux de mourir !
B : J'imagine qu'il n'est qu'à moitié d'accord.
A : Selon la logique quantique, tant qu'il n'y a aucun moyen d'observer l'état du chat, celui-ci est à la fois mort, et à la fois vivant ! Ce n'est qu'en ouvrant la boîte que la réalité, disons, se « stabilisera » et fournira l'état concret du chat : mort ou vif. En attendant, les deux réalités se superposent.
B : Tu es sûr que ton expérience est théorique ? J'ai eu souvent l'occasion de voir des quantologistes apporter des chats aux labos.
A : Hem, là n'est pas la question. Même sans l'effectuer, cette expérience est paradoxale d'un point de vue scientifique et philosophique.
B : Et du point de vue du chat ?
A : Justement, c'est là que ça devient intéressant ! La variante, le suicide quantique, place l’expérience du point de vue du sujet (un chat ou un humain qu'on aurait mis à la place), qui est lui-même observateur, dans la boîte. Cet observateur ne peut pas s'observer lui-même mort, exact ?
B : Je ne sais pas, je n'ai jamais essayé de mourir.
A : Il ne pourra donc se voir que vivant ! En fait, si l'on prend la théorie des univers multiples, la conscience de cet observateur, faute de point de vue extérieur, ne pourra aller que dans les réalités où elle est vivante. En conséquence, elle devient immortelle d'un point de vue quantique !
B : Et enfermée dans une boîte.
A : C'est là qu'on en revient à ton problème.
B : Ah oui, c'est vrai, j'avais un problème avant que tu ne me parle des tiens.
A : On peut imaginer une méthode basée sur le suicide quantique permettant de résoudre pratiquement n'importe quel problème mathématique. Elle est basée sur la méthode de tri Bogosort, qui consiste à, pour trier une série de nombres dans l'ordre croissant, les ranger de manière aléatoire jusqu'à ce que la liste soit triée.
B : Oui, j'imagine que ça doit forcément arriver au bon résultat au bout d'un moment, mais ça peut prendre un certain temps. Désolé, mais mon équipe ne sera pas aussi patiente.
A : Elle n'aura pas besoin de l'être. La méthode consiste à ne faire qu'un seul tri aléatoire. Si la série est bien triée, alors on la machine peut donner le résultat. Dans le cas contraire, elle détruit l'univers.
B : Comment ça ? Tu veux dire qu'elle oublie tout ce qu'elle a appris, ou qu'elle formate son disque dur ?
A : Non, elle détruit littéralement l'univers. La Terre, le Système Solaire, la Voie Lactée, l'ensemble de notre galaxie, et toutes les autres. L'univers, quoi.
B : C'est… radical. Un système qui détruit le monde en cas d'échec, je ne suis pas certain qu'on puisse dire qu'il est souple.
A : La quantologie ne tolère aucun échec, aucune erreur. C'est une science précise et intransigeante !
B : Et où ça va vous mener, de casser la planète juste parce qu'une liste est mal triée ?
A : Pas la planète, l'univers ! Et dans ce cas, il suffit que tu réfléchisses au suicide de Schrödinger. Si l'on tue toute forme de vie existante, alors il n'y a plus d'observateur. Donc, personne ne sera là pour voir que le tri a échoué ! Et donc…
B : … la liste sera à la fois triée et mal triée ?
A : Mais non, elle sera parfaitement triée !
B : Du premier coup ?
A : Mais oui du premier coup ! L'univers est détruit si ce n'est pas le cas, alors comment veux-tu qu'il y en ait un second ? Il n'y a aucun observateur pour constater l'échec, donc l'échec n'a pas lieu ! Seuls les univers où la liste est triée sont encore existants, et seuls eux peuvent être observés, donc c'est dans ceux-là qu'on poursuit notre existence !
B : Aussi, ça m'embêterait de mourir pour une liste mal triée dont je n'ai jamais entendu parler.
A : Personne ne meurt, de toute façon. Et réfléchis à plus large échelle : si au lieu d'une liste, on confrontait la machine à un problème, en lui fournissant plusieurs solutions possibles ? La machine choisit aléatoirement une solution, et vérifie ensuite si elle est bonne. Et si ce n'est pas le cas…
B : Boum.
A : Oui, métaphoriquement.
B : Je sais, personne n'est là pour constater l'explosion, donc elle émet à la fois beaucoup de bruit et aucun son.
A : Non, pas du tout. Mais de toute manière, comme tu l'as compris, on ne pourra de nouveau pas observer l'univers se détruire. Donc, plutôt que de calculer la solution, ce qui peut prendre du temps, on en a pris une aléatoire, qui est certainement la bonne ! Alors, elle ne règle pas ton problème, la quantologie ?
B : Ainsi la quantologie consiste tout simplement à mettre au point une sorte de Felix Felicis… Mais n'espère pas me faire adhérer à ta secte avec ces miracles !
A : Ce ne sont pas des miracles !
B : Allons, comment veux-tu appeler ça autrement ? Trouver aléatoirement les bonnes solutions systématiquement, comme par magie !
A : Rien à voir avec la magie, c'est entièrement réalisable ! Enfin, presque. Tu imagines bien qu'il reste encore un léger détail délicat à mettre en place.
B : Ah bon ?
A : Oui. Il faudrait déterminer comment détruire l'univers.
B : Ah, oui, en effet, ça peut être coton. Pourquoi ne pas simplifier la tâche en détruisant simplement la Terre ?
A : Non, voyons. S'il existe une forme de vie extérieure à notre planète, elle pourrait très bien être l'observateur de notre mort ! Il faut vraiment supprimer l'univers en entier.
B : Je te trouve très paranoïaque… Détruire toute forme de vie de l'univers simplement parce qu'elle nous observe peut-être…
A : Je ne vois pas ce qu'il y a de mal, à partir du moment où nous nous suicidons également.
B (ironique) : Oh, oui, dans ces conditions c'est certain qu'ils ne nous en voudront pas. Et dans le pire des cas, on n'aurait pas à craindre une riposte. Où est le problème, alors ?
A : Simplement que construire un système pour détruire l'univers semble a priori impossible.
B : Ah, évidemment. J'imagine que ça demanderait un certain temps d'installation, et une demande en énergie non négligeable.
A : Qu'est-ce que viennent faire les restrictions matérielles là-dedans ? On parle de théorie, rien n'est impossible physiquement !
B : Ah ? Eh bien pourquoi détruire l'univers ne serait pas réalisable dans la théorie ?
A : Supposons que l'on arrive à construire une machine à détruire l'univers. À ton avis, à quel soucis aura t-on affaire ?
B : Mmm… Il faudrait déjà éviter d'y mettre un gros bouton rouge bien visible et accessible.
A : La sécurité devra être assez importante, oui, mais avant ça, tu ne vois pas ce qui pourrait clocher dans son élaboration ?
B : L'idée initiale me semble déjà être une anomalie dans le processus.
A : Bon, puisque tu y mets tant de mauvaise volonté… La machine une fois terminée, comment veux-tu la tester ? Vérifier qu'elle fonctionne bien ?
B : Euh… Cette étape est vraiment nécessaire ?
A : Bien sûr ! Si la machine est mal conçue et qu'elle détruit seulement la moitié de l'univers, le Bogosort quantique ne fonctionnera pas ! On se contentera de crever, ça sera observable, tout ça parce qu'on a fait une erreur dans la mise en place !
B : Mmm, oui, on est tombé dans une impasse. On ne peut pas tester la machine en la lançant bêtement.
A : Voilà ! Tu imagines bien ce qui arriverait si on le faisait.
B : Bah oui. L'univers se détruit, et on a l'air malin.
A : Mais non !
B : Ah ? Mais je croyais que la machine servait justement à ça.
A : Oui, mais si on la teste, elle ne pourra pas détruire l'univers, puisqu'on ne peut pas observer notre propre destruction.
B : Bah… Qu'est-ce qu'elle fait alors ?
A : Elle ne marche pas, tout simplement. Les univers dans lesquels elle marche sont détruits, et nous n’observons que les univers dans lesquels elle n'est pas opérationnelle.
B : Donc si l'on construit une machine pour détruire l'univers, et qu'on l'essaye… On est sûr que ça ne fonctionnera pas !
A : Voilà.
B : C'est bien la peine de se donner du mal à la construire.
A : C'est ce que recherchent en ce moment les quantologistes : comment tester la machine sans la forcer à ne pas fonctionner.
B : Vous avez un raisonnement très spécial… Déjà, je chercherais d'abord à voir si une telle machine est possible.
A : Quand elle le sera, nous serons prêt à l'utiliser. Certains proposent d'utiliser un sous-univers pour faire des essais. Reste à voir comment créer et exploiter ces dimensions.
B : Un peu comme des océans où larguer des bombes nucléaires, je vois… Mais dis-moi, si j'ai bien compris, ton algorithme de résolution de problème fonctionne par suppressions d'univers.
A : Oui. Les univers où la mauvaise réponse est sélectionnée sont détruits, seuls ceux où l'on obtient la bonne restent, et c'est dans ceux-là que nous continuons d'exister.
B : Ce n'est pas un peu dangereux de détruire ainsi des univers à la chaîne pour régler n'importe quel problème ?
A : Allons, il y a une infinité d'univers quantiques ! Il en restera toujours assez.
B : C'est ce qu'on dit pour n'importe quelle ressource naturelle.
A : Ça n'a rien à voir. Je te parle ici d'une théorie qui pourra faire avancer la science d'une manière phénoménale ! Fini les longs calculs : ils seront remplacés par un système fournissant la réponse immédiatement. Avec ça, toutes nos recherches avanceront à une vitesse aujourd'hui encore inimaginable !
B : Eh bien, préviens moi le jour où tu auras mis au point ton système.
A : Oh, ça ne tardera pas. La quantologie sera sûrement capable de cette prouesse d'ici une dizaine d'années, et on enseignera ses principes dans toutes les universités !
B : L'espoir fait vivre. Permet moi de douter cela-dit que l'on mette des fonds dans des recherches concernant la destruction de l'univers…
A : Tu sais, tu peux encore nous rejoindre.
B : Je préfère rester loin de tout ça. Au moins, si vous mettez votre projet à terme, je serai pris par surprise par la fin du monde. Et puis…
A : Et puis ?
B : … je suis allergique aux chats.