Bon, au moins ça confirme définitivement : il faut
vraiment que vous vous documentiez un peu sur le féminisme. Les réseaux sociaux et la
presse à scandale, c'est pas ça qui vous permettra de connaître quoi que ce soit sur le sujet.
Et à vrai dire je suis pas la source idéale non plus. Homme blanc cisgenré, j'ai que dalle d'expérience pour parler correctement des discriminations sans être biaisé. J'ai conscience de mes privilèges et de l'oppression existante, mais je m'en fait une idée bien moins précise et juste que
ceux qui sont concernés. C'est un combat qui n'est pas mien, et bien que je l'encourage, ce n'est pas non plus à moi de prendre la parole qui au contraire devrait être donnée aux victimes (déjà bien souvent ignorées).
Je vais tout de même donner un semblant de réponse, mais je vous encourage à rechercher ailleurs et à lire et écouter pour des points de vue plus éclairés.
Parce que des idées reçues dans ton post, Hunch, bon sang qu'il y en a ! Oo
******
Je n'ai pas de faits divers précis sous la main de mon côté, et pour être franc, je ne suis pas certain que ca serait pertinent. Ai-je besoin de chercher longtemps pour trouver des faits divers sexistes ? De la misogynie, sur internet ? Oulah, dur tâche…

Bref. Et si ces articles avaient pour but de prouver que « les hommes subissent la misandrie aussi » ou « le féministe oppresse la gente masculine », faudra me montrer en quoi. J'ai du mal à voir en quoi des critiques de pubs sexistes ou l'utilisation d'un vocabulaire neuf fait du tort à qui que ce soit.
Pour comparer rapidement, j'ai pu me rendre compte que
littéralement toutes les femmes que je connais ont déjà subi au moins une agression dans un espace public (sauf celles qui n'ont pas l'âge de sortir beaucoup, évidemment). Toutes : famille, proche, collègue… Ça me fait encore drôle à concevoir. Et toutes partent du principe, évident, que sortir seule le soir est dangereux, qu'il ne faut pas s'habiller de manière à « attirer les violeurs », et que la meilleure attitude à tenir face au harcèlement de rue (quasi quotidien) est de se taire.
Et avant que l'on se mette à raconter du gros n'importe quoi : moi comme la grande majorité de mes connaissances masculines n'ont jamais eu de problème à sortir en ville, de jour, de nuit, en short, et si un rigolo se met à nous balancer « Hé t'as un joli cul file ton numéro connard » (ce qui n'arrive jamais bien sûr), on sera prompt à le remettre à sa place et, au pire, à appeler les flics avec l'assurance qu'ils nous donneront raison sans question.
Non, prouver l'existence du sexisme à l'échelle culturelle et sociétale, ce n'est pas vraiment nécessaire je pense.
Bon, pour commencer dans les concepts très basique, on va déjà parler de balance.

Une balance permet de comparer deux poids disposés de chaque côté. Le poids le plus lourd descend plus bas que celui à l'opposé. Maintenant question : pour équilibrer une balance (déjà déséquilibrée), que faut-il faire ? La réponse n'est bien sûr par « Rajouter autant de poids des deux côté de manière égale », mais de rajouter autant qu'il faut de différence sur le plus léger pour arriver au point d'équilibre. En ignorant le poids lourd qui ira sûrement se plaindre d'être désavantagé et opprimé.
Ça c'est vraiment pour qu'on soit d'accord sur cette idée. Maintenant un peu plus délicat, il va falloir parler de
discrimination systémique.
La discrimination en tant que discours est simple à percevoir : un individu n'aime pas tel minorité, et se met à insulter ou à causer du tort pour des raisons purement discriminatoires, avec le lot de stéréotypes négatifs qui vont avec. On connaît, et finalement on peut légalement punir ce genre d'attitude (en théorie), et décourager les gens à les avoir.
La discrimination en tant que système est plus perfide puisqu'il s'agit d'un ensemble d'idées implantées dans la culture, dans les mœurs, dans les usages, et dans les représentations. Où en fait on retrouve tous les stéréotypes sous un jour faussement innocent, où un groupe avantagé est sur-représenté dans les postes importants, où dès le plus jeune âge on met les gens dans leur case en fonction de certains attributs, et où l'humour et la fiction promulgue l'idée d'un groupe de « normaux » et des « minorités ». Oh, et les traitements des discours racistes dont on parlait tout à l'heure ? Yeah, en fait pas très efficacement. Pas par mauvaise volonté, mais parce que « la discrimination, c'est un problème réglé, et moi ça me touche pas ».
Exemple concret : Une idée assez répandue veut qu'aujourd'hui, on accuse de viol à tout va, et que c'est le moyen infaillible pour une femme d'attaquer n'importe quelle personne qu'elle n'aime pas. Cela fait doucement rire une fois qu'une connaissance est réellement victime d'un viol, et doit passer plusieurs fois au commissariat pour se faire entendre et être prise au sérieux. En ayant affaire bien sûr aux classiques « Comment étiez-vous habillée ? », « Aviez-vous bu ? », « Ne l'aviez-vous pas un peu aguiché aussi ? », « Êtes-vous sûre de votre histoire ? ». Mais la rigolade est encore plus intense lorsque, en se renseignant un peu, on constate que c'est partout
toujours comme ça que ça se passe pour les victimes de viol !

Autre détail important de la discrimination en tant que système : bien que de nature « abstraite », elle a des effets bien concrets et perceptibles sur ceux qui en sont victimes. D'où la futilité de comparer la « misandrie » ou le « racisme anti-blanc » avec les
vrais problèmes. D'un côté un rigolo balance une insulte alors qu'on le croise, de l'autre on a une insécurité permanente et une jolie difficulté à décrocher un travail. Personne ne subit le féminisme au quotidien. Le pire qu'on puisse avoir est de tomber sur des tweets qui nous mettent de mauvais humeur.
Ok, petites conclusions que l'on peut avoir à partir de là :
- * La discrimination est toujours présente dans la société
* Cette discrimination ne s'en va pas avec le temps. « Ce n'est pas en arrêtant de faire du désordre que la chambre va se ranger »
* Il est nécessaire d'avoir un effort collectif pour rétablir l'équilibre
* Cet effort ne nous concerne pas forcément, et bénéficie moins à nous qu'à d'autres, mais y faut s'y faire
******
Avant de poursuivre j'aimerais faire un aparté sur le totalitarisme, et les sophismes.
Un truc que je revois souvent dans les discours sur le féminisme, c'est cette idée d'un groupe qui voudrait imposer une pensée. Avec tout le vocabulaire qu'il y a avec : « Censure », « Pensée unique », « Lobby », « Novlangue », « Politiquement correct », « Police de la pensée », etc, etc… Une sorte de visions assez trompeuse, aussi bien pour l'auditoire que celui qui raisonne avec ce biais de pensée. Le féminisme est un groupement d'opinions, variées en son sein même. Il n'y a aucune instance d'Illuminatis qui empêche d'être en désaccord. Même pour ce qui est des scandales sur Twitter, voir l'article plus haut, ils n'ont aucun effet.
L'humour « politiquement incorrect » qui fait « scandale » est encore celui qui marche le mieux, et n'a vraiment aucun soucis à se faire. En veut pour preuve Charlie Hebdo qui continue à se vendre alors que l'humour y est aux abonné absent depuis belle lurette.
La langue française est basée sur de très vieux principes ouvertement sexistes, tout le monde le sait. Que l'on pense qu'il faille la faire évoluer ou non (en partant du principe que le langage influe la façon de penser, et qu'il n'est jamais neutre), en quoi est-ce dangereux que des gens essayent de le rendre plus inclusif en représentant les deux genres ? Et de nouveaux, qui force à s'y adapter ?
Quel terrible propagande essaye t-on de nous endoctriner exactement ? « Les genres sont égaux ? », « Il faut faire du mieux que l'on peut pour se respecter mutuellement ? ». Ça devient pire dès que l'on touche à l'éducation : a priori, enseigner que le racisme est mauvais ne serait pas politiquement neutre. De même, la tolérance de l'homosexualité, ce ne serait pas du bon sens, mais une idée politique.
Tout ça se base sur un sophisme tellement efficace qu'il marche même sur soi-même : cataloguer toute opinion opposée comme de la « pensée unique ». Une fois que vous vous persuadez vous-même que l'objet de votre désaccord est une oppression dictatoriale qui veut vous « bourrer le crâne », vous êtes bon pour non seulement réussir à être convaincant en vous donnant l'image d'une resistance intrépide, mais en prime vous pouvez vous assurez très simplement que ce que vous pensez est juste. C'est une forme de Culpabilité par Association (lui-même une forme d'Ad Hominem), qui ne démontre en vérité pas grand chose.
Dans les faits, le féminisme est une pensée comme une autre, représentée politiquement comme exactement toute les autres (bien qu'en minorité, ceux qui ont suivi l'affaire de la TVA sur les tampons savent à quel point il a fallu batailler pour convaincre qu'il s'agit bien d'un produit de première nécessité). Bref, inutile de parler de propagande ou de censure (ou « d'auto-censure » aussi), personne n'essaye de vous endoctriner, de vous imposer un mode de vie, ou de vous assujettir.
******
Terminons maintenant sur un cas concret un peu délicat : les
quotas !
L'idée de ce mot est de prendre le problème à l'envers. Un étudiant blanc talentueux se trouve fort attristé lorsqu'il se voit refuser l'entrée à une école, et qu'il constate qu'une étudiante noire a été acceptée en dépit d'un score moins élevé que lui au concours. Discrimination positive, injustice renversée, blablabla.
Pourquoi suis-je pour les quotas ?
On parlait plus haut du problème de diversité dans les universités scientifiques. Là où Hunchman se désole que l'on n'essaye pas d'en chercher la cause, il existe en réalité une institution dédiée à ça depuis des années, qui s'appelle fémini… Hum, et sociologie.

Les femmes sont libres d'entrer dans ces écoles, mais n'y vont pas. Qu'est-ce qui les décourage à s'intéresser aux études scientifiques ? Attention, rappel, on parle de statistiques à grande échelle. Quand un groupe reflète un écart d'orientation si prononcé, on ne peut pas partir sur juste une « coïncidence », ni « les femmes s'intéressent pas au science, c'est comme ça » : femmes ou non, on parle d'individus tous différents, donc y a une explication. « Biologique ? » Ce serait une jolie blague de l'évolution, mais
invalidée depuis belle lurette. (y a pas mal d'études très intéressantes à ce sujet, mais j'ai perdu l'article exact qui en parlait très bien, désolé

)
En vérité si les femmes sont découragées de faire des études scientifiques, c'est parce que les études scientifiques ont l'image de « domaine de garçon ». Cette image venant… du fait qu'il y a plus de garçons en sciences. Heeeey, ce n'est pas très gentil ce genre de boucle !

Or la diversité est importante ! Pour des tonnes de raison, pas seulement pour que le milieu soit inclusif. La diversité enrichit les idées, les points de vue, opinions, manière de penser, résultats, et vie en groupe voire en société sur le long terme. Le fait que les hommes blancs sont les personnages « par défaut » des films est-il lié au fait qu'on ait une industrie avec une majorité d'hommes blancs ? Le fait que les policiers prennent peu au sérieux les viols de femme a t-il un rapport avec le faible nombre de femmes dans la police (c'est d'ailleurs une policière qui a permis à la personne que je mentionnais plus haut de se faire entendre) ? Ouaip. La société est sacrément diverse de base, il est donc essentiel que ce soit le cas aussi dans les milieux professionnels.
Donc, comme vu plus haut, il faut y travailler. Avec la boucle qu'on a, ça ne
peut pas se faire tout seul. Moins de femme = moins de femme intéressées = moins de femmes. Solution ?
La manière bête est de se dire qu'on prend toutes les femmes, peu importe leur qualité, et que comme ça on a nos quotas. Ooouh, plan diabolique.
La seconde est de démarrer comme c'est fait depuis toujours : une sélection individuelle des candidats potentiels. À partir de là, on a un groupe de candidats qui peuvent entrer. Mais il faut en faire un tri. Les classer par ordre de score au test d'entrée et par ordre alphabétique ? ÇA, c'est tout sauf intelligent. Non, à partir de là, il devient nécessaire d'avoir une vision globale, et d'avoir des élèves aussi divers que possible ! On a un échantillon d'élèves individuellement bon, le but est de faire un groupe globalement riche. Y aura t-il des élèves féminin finalement mauvais qui remplaceront de bons élèves masculins ? Oui, de même qu'il y aura des mauvais masculins qui prendront la place de femmes qualifiées. C'est le principe d'une sélection, il faut faire des sacrifices. C'est pas nouveau.
Le problème des quotas n'apparaît que lorsqu'on pense à petite échelle, sur court terme. Les femmes en deviennent-elles favorisées ? Oui, parce qu'elles sont actuellement
en minorité à rééquilibrer. Les hommes sont-ils désavantagés ? Hahah, pauvre majorité, comme si notre étudiant exemple plus haut n'avait pas déjà sa place partout ailleurs. Nope. Une fois que l'équilibre aura été atteint, ce qui prendra sûrement du temps, même avec les quotas, les femmes seront aussi privilégiées que les hommes ou noirs ou je-ne-sais-quoi. Le but n'est pas de donner plus de chance à des « défavorisés », qui sont tout aussi compétents que la majorité merci bien, mais d'avoir un groupe global représentant tous les groupes. Y compris les hommes tant oppressés par le féminisme.
À partir du moment où, d'une manière ou d'une autre, il faut sélectionner des gens, l'intérêt du groupe prévaut à celui des individus.
Voir la
Parabole des polygones pour une explication interactive s'appuyant sur des mathématiques !
******
Le féminisme est un travail nécessaire pour se débarrasser du féminisme. Et les hommes n'ont pas à se sentir menacés de quoi que ce soit (#NotAllMen #Misandry), ni à chouiner à l'inégalité sous prétexte que, pour une fois, ce n'est pas eux qui ont la parole, ou qui bénéficient du résultat. Comme expliqué, ce ne sont pas des gens qui sont ciblés, mais des stéréotypes. Des idées bien ancrées, que nous avons tous. Le but n'est pas de se demander si l'on est sexiste ou non, ou qui l'est, mais de reconnaître ces idées, et les remettre en question.
Intellectuellement, c'est un peu facile de se dire « Les féministes tapent sur untel en l'accusant de sexisme, parce qu'elles aiment pas les hommes ». Allez au fond, renseignez-vous. Tout ce que j'ai écrit là ? De l'interprétation d'un homme confortablement installé dans ses privilèges qui, comme tout le monde, reprend les idées qu'il aime, oublie celles qui le dérangent. Y a plein de facettes du féminisme, elles valent la peine d'être écoutées et prises au sérieux. Même les "extrémistes" qui ont l'air de prime abord d'être à côté de la plaque. C'est en s'ouvrant aux idées adverses que l'on avance.
Pour finir, la dernière vidéo de Hunch est plutôt intéressante ! Déjà parce qu'elle ne s'appuie pas juste sur une « guerre des sexes » ou « groupe qui rejette la faute sur les autres ».
Et aussi parce que les chiffres cités sont exacts, mais pris hors contextes, ne veulent rien dire du tout. Par exemple, la garde des enfants confiée le plus souvent aux mère ? Yep, car le plus souvent, les pères la refusent. Les parents s'accordent dans plus de 80% des cas. On a moins affaire à une discrimination de la part des juge et d'un préjudice fait aux hommes, que du stéréotype de la mère qui s'occupe des enfants.
Ces chiffres sont généralement repris par les anti-féministes, et viennent pour certains d'études justement anti-féministe. Isolés, ils ne veulent rien dire. Si vous voulez une analyse de ces chiffres, Ginger Force a fait un
Pavé dans la Mare sur le masculinisme qui en parle, ainsi que d'autres clichés.
Pavé dans la Mare qui est une excellente émission sur le féminisme. Pourtant je suis en désaccord sur certains points avec Ginger Force, et je n'approuve pas certaine de ses méthodes. Mais une chose est certaine : elle est mille fois plus compétente que moi sur le sujet. Et finalement son discours est certainement plus juste que le mien. Aussi, c'est un excellent point de départ si vous voulez vous instruire !