Dans le genre cauchemar perturbant par leur réalisme, mon cerveau a fait fort ce soir. ><
Ça commence avec ma boîte qui décide de faire à ses employés des entretiens par une agence de recrutement externe. Le but est d'analyser notre intégration dans la boîte et nos méthodes de travail individuelles, afin d'améliorer notre productivité. Quand vient mon tour, j'ai affaire à un type strict, peu sympathique sans être non plus cruel. Désagréable, mais juste assez poli pour qu'on ne puisse rien répondre. Durant l'entretien, il m'interrompt parfois pour me demander d'aller droit au but plutôt que d'énumérer des points préparés, et me demande de répéter une phrase parce que je faisais trop de bruit avec ma chaise. Ses questions sont du genre « Quelles valeurs ajoutés offrez vous à votre entreprise ? », « En quoi êtes vous indispensable à l'entreprise ? », « Vous sentez-vous impliqué dans la réussite de l'entreprise ? ».
Le verdict, donné immédiatement sous forme d'une fiche remplie avec une écriture digne d'un médecin, est sans appel. Je dois :
- Faire davantage d'exercice
- Changer mes habitudes vestimentaires
- Utiliser du
beun pour les cheveux
- Travailler plus
(plus d'autres que je n'ai pas eu le temps de lire)
Les trois premiers points sont là pour donner une bonne image de l'entreprise. En ayant l'air chétif, habillé et coiffé n'importe comment, je nuirais à ma boîte.

J'ai aussi demandé ce qu'était un
beun, ce qui l'a beaucoup étonné. Toujours sur ce ton poli mais condescendant, il m'a rétorqué
« Je ne vous explique pas ce qu'est un beun, tout de même ! Vous ne savez vraiment pas ? Eh bien, ça explique des choses… Un beun, c'est… Comment dire ? Un beun, voyons ! Une sorte de shampoing démêlant. Vous n'avez donc jamais vu les gens en utiliser autour de vous ? ». Même si j'essayais de ne pas me décontenancer, c'était plutôt embarrassant.
La partie me gênant le plus était tout de même celle qui insinuait que je ne travaillais pas assez. J'ai expliqué que j'essayais de m'impliquer autant que je le pouvais dans mon travail, mais que je ne suis pas du genre à me tuer à la tâche… Mais peu sûr de moi, je culpabilisais surtout d'apparaître paresseux. J'ai d'autant plus culpabilisé quand il m'a demandé le dernier chiffre d'affaire de l'entreprise. Je l'ignorais complètement, et j'ai répondu que je m'y intéresse surtout aux réunions de bilan semestriel, et qu'encore c'était les pourcentages de hausse ou de baisse qui me paraissaient pertinent. Là encore, l'examinateur a été surpris, et a insisté pour savoir si je ne savais vraiment aucun chiffre. Il a dû demander à une collègue pour connaître le chiffre d'affaire, et a constaté qu'il était « sur la moyenne ».
« Posez-vous alors cette question : depuis que l'entreprise vous a engagé, elle n'a pas vu son chiffre d'affaire augmenter. Trouvez-vous ça normal ? Qu'apportez-vous à l'entreprise, si votre travail ne lui apporte rien ? Vous sentez-vous concerné par la stagnation du chiffre d'affaire de votre entreprise ? Si oui, vous devez faire plus d'efforts pour changer les choses et faire progresser sa réussite. Si non, qu'est-ce que vous faites encore ici ? Vous avez le droit de partir et de laisser votre place à quelqu'un de vraiment motivé. »
Dur à prendre en face.

Le rêve s'est poursuivi pour me laisser méditer sur ce bilan. Il y avait des araignées, et des types qui s'entraînaient au baseball sur un sentier de promenade, mais ça n'a pas suffi à me faire oublier les propos de l'examinateur. Je suis désagréable à l'œil, trop négligent, et je ne m'implique pas assez dans mon travail, voire représente un poids pour ma boîte. Je n'ai pas su quel était la part du juste et du exagéré dans ce jugement d'un inconnu, et n'ai pas arrêté de me demander si je devais changer drastiquement pour m'adapter à mon travail, ou le quitter parce qu'il ne me conviendrait pas.
Heureusement que j'ai pu réaliser au réveil qu'il s'agit de craintes plus ou moins absurdes.

Je ne sais pas encore vraiment si ça peut être qualifié de cauchemar. Ce n'était pas terrifiant ni une torture. Juste stressant, et très déprimant.